Elle court de mieux en mieux. Ses chronos s'améliorent. Elle est disciplinée, motivée, engagée. Et pourtant, derrière cette progression apparente, un mécanisme destructeur peut se mettre en place silencieusement : le RED-S, ou Relative Energy Deficiency in Sport.

Ce syndrome, formalisé par le CIO en 2014 puis mis à jour par Mountjoy et al. (2018), remplace l'ancienne notion de "triade de l'athlète féminine". Il touche potentiellement toutes les coureuses d'endurance, des débutantes aux élites, et ses conséquences dépassent largement le cadre de la performance sportive.

Qu'est-ce que le RED-S exactement ?

Le RED-S désigne un état de disponibilité énergétique insuffisante (Low Energy Availability, LEA) pour assurer à la fois les fonctions physiologiques de base ET la dépense liée à l'entraînement.

La disponibilité énergétique (EA) se calcule ainsi :

EA = (Apport énergétique - Dépense liée à l'exercice) / Masse maigre

Le seuil critique se situe en dessous de 30 kcal/kg de masse maigre/jour. En dessous de ce seuil, l'organisme entre en mode de conservation : il réduit les fonctions "non essentielles à la survie" — dont la reproduction, la santé osseuse et la fonction immunitaire.

La zone optimale se situe entre 40 et 45 kcal/kg de masse maigre/jour. Entre 30 et 40, on parle de zone "grise" où des perturbations peuvent déjà apparaître.

Pourquoi les coureuses sont particulièrement vulnérables

Plusieurs facteurs convergent pour rendre les coureuses d'endurance plus exposées au RED-S :

Le RED-S peut survenir sans trouble du comportement alimentaire diagnostiqué. Un simple décalage chronique entre apports et dépenses suffit. C'est ce qui le rend si insidieux.

Les signes d'alerte à connaître

Signaux précoces

Signaux avancés

Un point essentiel : l'aménorrhée chez une athlète n'est jamais normale. Ce n'est pas le signe d'un "bon entraînement". C'est un signal de détresse métabolique qui nécessite une prise en charge.

Les conséquences systémiques du RED-S

Le RED-S affecte virtuellement tous les systèmes physiologiques. Le consensus IOC 2023 (Mountjoy et al.) identifie les atteintes suivantes :

Dépistage et prévention : le rôle du coach et du thérapeute

En tant que kinésithérapeute du sport et coach, j'intègre systématiquement un dépistage RED-S dans mon bilan initial. Voici les outils disponibles :

Questionnaires validés

Marqueurs biologiques à surveiller

Stratégies de prévention

  1. Éducation nutritionnelle : enseigner que manger suffisamment est un acte de performance, pas un frein
  2. Monitoring de la charge : ne pas augmenter le volume sans augmenter les apports
  3. Normaliser la discussion sur les règles : en tant que coach, poser la question à chaque bilan mensuel
  4. Refuser la culture du "toujours plus léger" : un poids de forme est un poids où l'athlète est en bonne santé, pas le poids le plus bas qu'elle peut atteindre
  5. Travailler en équipe pluridisciplinaire : médecin du sport, diététicien(ne) spécialisé(e), psychologue si nécessaire

Que faire en cas de suspicion de RED-S ?

Si vous reconnaissez plusieurs des signes décrits ci-dessus, voici la marche à suivre :

  1. Consulter un médecin du sport pour un bilan complet (prise de sang, évaluation hormonale, ostéodensitométrie si indiqué)
  2. Augmenter progressivement les apports énergétiques — un(e) diététicien(ne) du sport pourra guider cette étape
  3. Réduire temporairement la charge d'entraînement — souvent la partie la plus difficile psychologiquement, mais indispensable
  4. Viser le retour des cycles menstruels comme premier objectif — c'est le marqueur le plus fiable de restauration de la disponibilité énergétique
  5. Accepter une éventuelle prise de poids transitoire — elle fait partie du processus de guérison

Le retour à une disponibilité énergétique suffisante permet généralement une amélioration de la performance à moyen terme, même si le court terme peut sembler contre-intuitif. De nombreuses athlètes témoignent avoir battu leurs records après avoir corrigé un état de LEA chronique.

La performance durable se construit sur un organisme en bonne santé. Il n'existe pas de raccourci. En tant que professionnels de l'encadrement sportif, nous avons la responsabilité de veiller à la santé globale de nos athlètes, pas uniquement à leurs chronos.

JQ
Johan QuintardKinésithérapeute du sport · Coach running & trail · IRONMAN Full & 70.3

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