L'alimentation, votre dernier levier de performance

Vous avez préparé votre trail pendant des semaines. Vos jambes sont prêtes, votre plan a été respecté, votre charge d'entraînement est sous contrôle. Mais avez-vous pensé à votre alimentation des 72 heures précédant la course ? En tant que kinésithérapeute certifié en micronutrition (LP Physiologie & Micronutriments), je vois chaque saison des athlètes parfaitement préparés physiquement gâcher leur course pour une raison purement digestive ou énergétique. C'est d'autant plus frustrant que c'est le levier le plus simple à maîtriser.

Le principe directeur de tout ce qui suit tient en une phrase : rien de nouveau le jour de la course. Chaque aliment, chaque boisson, chaque gel que vous consommerez le jour J doit avoir été testé plusieurs fois à l'entraînement, dans des conditions proches de la compétition. Votre intestin s'entraîne comme vos jambes — et il se venge quand on l'improvise.

Pourquoi le trail est un cas particulier

Sur un 10 km sur route, vos réserves de glycogène suffisent largement. En trail, tout change : l'effort dure de 2 à 10 heures ou plus, alterne montées intenses et descentes traumatisantes, et se déroule souvent par des températures variables, en altitude, avec un accès limité aux ravitaillements. Trois conséquences directes :

Si vous préparez votre première épreuve, cette dimension nutritionnelle doit être intégrée dès le début de votre préparation — c'est exactement ce que je détaille dans mon plan de 12 semaines pour un premier trail, où les sorties longues servent aussi de laboratoire nutritionnel.

J-3 et J-2 : la charge en glycogène

Le glycogène musculaire est le carburant principal de l'effort en trail. Les 3 jours précédant la course, augmentez progressivement vos apports en glucides complexes : riz, pâtes semi-complètes, patate douce, semoule, pain. Objectif : 8 à 10 g de glucides par kg de poids corporel et par jour sur ces 48 heures.

Concrètement, pour un coureur de 65 kg, cela représente 520 à 650 g de glucides par jour — bien plus qu'une assiette de pâtes la veille au soir. Voici à quoi peut ressembler une journée type :

Repas Exemple Glucides ≈
Petit-déjeuner Porridge (80 g de flocons), banane, miel, jus de fruit 120 g
Collation Pain blanc + confiture, compote à boire 70 g
Déjeuner Riz (150 g cru) + volaille + un fruit mûr 140 g
Collation Gâteau de riz ou pain d'épices + boisson glucidique 80 g
Dîner Pâtes semi-complètes (150 g crues) + sauce tomate + poisson blanc 130 g

Ne cherchez pas l'exactitude au gramme près : l'idée est de comprendre l'ordre de grandeur. Deux points de vigilance : buvez suffisamment (chaque gramme de glycogène est stocké avec de l'eau — une prise de poids de 1 à 2 kg est normale et attendue, ne paniquez pas sur la balance), et réduisez en parallèle le volume d'entraînement. C'est précisément le rôle de l'affûtage : moins de dépense, plus de stockage, et un espace digestif libéré pour absorber ces volumes de glucides sans inconfort.

J-1 : aliments connus, digestion assurée

La veille de la course n'est pas le moment de tester le restaurant local ni la spécialité régionale du village de départ. Trois règles simples :

Un bon repas du soir : riz blanc + poulet + un filet d'huile d'olive, avec une compote en dessert. Simple, digeste, efficace. Ennuyeux ? Oui. Mais la veille d'un trail, l'ennui alimentaire est une vertu.

Le matin de la course

Idéalement 3 heures avant le départ : environ 1 g de glucides par kg de poids corporel + une source légère de protéines, en limitant fibres et graisses. Exemples qui fonctionnent bien : porridge à la banane, pain blanc + miel + fromage blanc, gâteau énergétique du commerce (testé au préalable), riz au lait.

Si le départ est très matinal et que 3 heures d'avance signifient se lever à 3 h du matin, un compromis raisonnable : un repas plus léger 2 heures avant, complété par une petite prise glucidique facilement digestible (compote, demi-banane, quelques gorgées de boisson d'attente) dans les 30 dernières minutes.

Concernant le café : si vous en buvez habituellement, gardez votre routine — le supprimer le jour J serait une nouveauté de plus. Si vous n'en buvez jamais, ce n'est pas le matin de la course qu'il faut commencer.

Et je le répète, parce que c'est le point le plus souvent négligé : testez ce petit-déjeuner en conditions réelles, avant vos sorties longues, plusieurs fois, à l'horaire prévu de la course.

Pendant la course : ne pas attendre la faim

Au-delà de 60 à 75 minutes d'effort, l'apport glucidique devient indispensable. La faim et la baisse de lucidité arrivent toujours après le déficit : quand vous les ressentez, il est déjà tard. Le plan doit donc être programmé, pas improvisé.

Le cadre : 30 à 60 g de glucides par heure

Gels, dattes, banane, pâtes de fruits, boisson énergétique : peu importe le vecteur, pourvu qu'il soit testé et toléré. Sur les formats longs, l'expérience montre qu'alterner sucré et salé (bouillon, tuc, pommes de terre des ravitaillements) prévient l'écœurement qui guette après plusieurs heures de gels sucrés.

Entraîner son intestin

La capacité d'absorption intestinale se travaille. Utilisez vos sorties longues — courues en Z2, soit 73–84 % de votre vitesse critique, RPE 3-4, une allure où la digestion reste possible — pour répéter votre stratégie de course : commencez autour de 30 g/h, puis augmentez progressivement au fil des semaines vers 45 puis 60 g/h si votre format de course le justifie. C'est un entraînement à part entière, au même titre qu'une séance de côtes, et il se planifie de la même façon dans votre préparation.

Un mot de kiné : évitez les anti-inflammatoires

Prendre un anti-inflammatoire « préventif » avant ou pendant un trail est une très mauvaise idée : sur un organisme déshydraté et en effort prolongé, vous cumulez risque rénal et risque digestif, et vous masquez une douleur qui est peut-être un signal utile. Si une douleur vous inquiète au point d'envisager un médicament pour prendre le départ, la vraie question est ailleurs — consultez avant la course, pas après le dégât.

Le conseil du kiné : un apport chronique insuffisant en protéines (en dessous de 1,4 g/kg/jour chez le coureur régulier) est l'un des facteurs que je retrouve le plus souvent au cabinet chez les athlètes qui enchaînent les tendinopathies à répétition. Le tendon se répare avec des acides aminés : la nutrition influence directement votre résistance aux blessures, pas seulement votre chrono. Cette exigence protéique vaut toute l'année, pas seulement en semaine de course — les 72 dernières heures, on augmente les glucides sans effondrer les protéines.

L'hydratation, souvent sous-estimée

Une déshydratation d'environ 2 % du poids corporel suffit à dégrader nettement la performance et la lucidité — or en trail, la lucidité, c'est aussi la qualité de vos appuis en descente et donc votre risque d'entorse ou de chute.

Astuce pratique : pesez-vous avant et après vos sorties longues estivales. La différence de poids vous donne une estimation personnelle de vos pertes hydriques et vous permet de calibrer votre plan de boisson — encore une donnée individuelle qui vaut mieux que n'importe quelle moyenne.

Les 5 erreurs que je vois chaque saison

En résumé : votre feuille de route

La nutrition de course n'est ni de la magie ni une science réservée aux élites : c'est de la répétition et de l'anticipation. Chaque sortie longue de votre préparation est une répétition générale — utilisez-la.

JQ
Johan Quintard Kinésithérapeute du sport · Coach running & trail · Certifié thérapie manuelle, micronutrition, préparation mentale · IRONMAN Full & 70.3

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